L’antisyndicalisme primaire de Renaud-Bray

Tout le monde connaît les positions antisyndicales de Renaud-Bray. Or, connaître les positions et les entendre, sont deux choses différentes. Voilà encore que Renaud-Bray fait les manchettes pour ses tactiques antisyndicales. Les dirigeants demandent maintenant aux gérants de dénoncer et d’intervenir auprès des salarié-es qui parlent de syndicat sur leur lieu de travail. Les propos tenus contre le syndicat sont caricaturaux. Parlant caricature, leur président Blaise Renaud en est tout une! On le croirait tout droit sorti d’une entreprise de textile du sud-ouest de Montréal. Il doit être nostalgique de cette époque qu’il n’a jamais connue. Bref, tour d’horizon de cette crapule antisyndicale. 

Fondé en 1965 par Pierre Renaud et Edmond Bray, ils fusionnent leurs deux boutiques et fondent Renaud-Bray. En 1971, Pierre Renaud coupe les ponts avec M. Bray et devient l’unique propriétaire. L’anti-syndicalisme, c’est une affaire de famille. En 2005, Pierre Renaud met 350 employés en lock-out. La convention collective était échue depuis 10 mois, les négociations n’avancent pas depuis près de 7 mois. Les salarié-es exercent des moyens de pression allant jusqu’à la grève. Ce à quoi Pierre Renaud a répondu par le lock-out de quelque 350 employé-es. 

Blaise Renaud prend les rênes de l’entreprise dès 2011. Voyez-vous, il s’agit ici d’un fils de riche, héritier et privilégié et qui agit comme tel. Il a viré les cadres qui ne pensaient pas comme lui et réduit le conseil d’administration de six à deux membres. Lui, c’est un tyran et il veut que tous exécutent ses ordres, sans négociation. D’ailleurs, lorsque l’on fait une recherche des litiges avec Renaud-Bray, on se rend rapidement compte que l’employeur tente de rejeter plusieurs lésions professionnelles sous le couvert du droit de gérance. Dans une décision rendue, on peut même lire : 

“Le Tribunal estime que le droit de gérance d’un employeur n’est pas illimité. Plusieurs lois et règlements, dont la LSST et le RSST, ont justement pour objet de l’encadrer, en édictant des obligations et des normes.”

Comme quoi, le mépris des travailleuses et travailleurs, pour eux, c’est une affaire de famille! 

Une courte recherche dans Canlii (Canlii est une plateforme de recherche juridique, les décisions sur le droit du travail s’y trouvent) fait apparaître 30 résultats, dont 29 entre 2011 et aujourd’hui. Dès 2011, Renaud-Bray amorce un changement de paradigme. L’employeur se montre de plus en plus de mauvaise foi et use de stratagèmes pour accroître son contrôle sur les employé-es. 

En début d’année 2011, l’employeur Renaud-Bray fait volte-face. Alors qu’il s’y était pourtant engagé, au moment de signer une lettre d’entente avec le syndicat, il refuse!

Un congédiement de 2012 attire l’attention. Il est question de droit de loyauté d’un employé. L’obligation de loyauté comprend l’obligation de ne pas publier des commentaires sur les réseaux sociaux afin de diffuser une image défavorable de son employeur. Un travailleur se fait avertir à quelques occasions de ne pas porter de carré rouge sur son lieu de travail. Les salarié-es se doivent d’être neutres sur leur milieu de travail. Cette politique découle du conflit de 2005. Le travailleur furieux, écrit sur son blog et sur les réseaux sociaux son mécontentement. Son employeur a recours à un système d’alertes informatiques, qui le met sur la piste dudit travailleur. L’employeur exerce donc une censure. C’est quand même paradoxal, puisque les livres sont justement le partage d’idées. 

Or, le partage d’idées, notre cher Blaise Renaud n’en a rien à faire des idées, tout comme les livres, d’ailleurs. Il est allé jusqu’à dire en entrevue avec L’actualité :  

“Si j’avais une chaîne de 30 magasins de souliers, j’aurais le même plaisir à gérer mon entreprise.” Lui ce qu’il veut, c’est faire du cash.

Peu après l’arrivée remarquée de Blaise, une grève de 22 jours éclate. Il se confie à La Presse, il se dit déçu que le syndicat choisisse le temps des Fêtes comme moyen de pression. Lui, qui a travaillé si dur pour arriver là. Non, il n’a jamais rien fait pour se rendre là. Il hérite d’une entreprise. C’est un fils de riche, qui croit que tout lui est dû, parce qu’il a toujours tout eu. Blaise Renaud c’est le Jacques Villeneuve des libraires. C’est facile d’avoir un avenir radieux quand tu possèdes déjà tout.

Le 2 septembre 2014, le centre d’appel d’Archambault soumet une demande d’accréditation pour se syndiquer. Le 19 mai 2015, Renaud-Bray fait l’acquisition d’Archambault. Le 14 mars 2016, Renaud-Bray met à pied une trentaine de personnes. Sur les réseaux sociaux, ce lundi là, Archambault émet une communication pour avertir qu’ils ont un “problème technique” d’où l’absence de réponse. La mise à pied leur a été reprochée par les internautes.

Blaise Renaud n’hésite pas à faire des moyens de pression, comme par exemple, priver de visibilité certains éditeurs qui le critiquent ouvertement. Pour lui, si les entreprises du livres ne sont pas voraces, c’est leur problème. Lui, il a un appétit d’enfer pour manger les plus petits et faire des profits sur le dos de ses travailleuses et travailleurs. C’est ironique, parce qu’il critique durement Costco, Walmart parce que voyez-vous, ils font la même chose que lui, soit exploiter plus petit que soit. 

Lors du salon du livre 2024 de Québec, les employés syndiqués des boutiques de Laurier Québec et des Galeries de la Capitale font une action de visibilité, afin de réclamer de meilleures conditions de travail. 

En bonne caricature d’eux-mêmes, le 22 mai 2024, soit plus ou moins un mois après l’action des salariés, une rencontre entre les hauts dirigeants de Renaud Bray et les gérants de magasins fuite sur YouTube. On y découvre avec effroi que l’employeur demande d’épier les discussions des employés et d’intervenir lorsqu’ils parlent de syndicat. Les dirigeants se positionnent clairement : “C’est fâchant, parce que le syndicat, une fois que c’est arrivé, c’est bien difficile de s’en séparer […] améliorer ses conditions de travail, il y a une limite à ça”

Faut croire que faire le ménage et engager des gens qui pensent comme toi, c’est pratique pour les pratiques anti-syndicales. Le rêve de tous les petits patronneux : capitalistes et sans entrave. Le sous texte de ça, c’est que Renaud-Bray veut empêcher des gens de jouir de leurs droits fondamentaux. Autant ses employés que ses compétiteurs qu’il n’hésite pas à museler. 

Blaise Renaud est la caricature du boss déconnecté. Il se dit “Self-Made man”, alors qu’il a hérité d’une compagnie qui a bénéficié de subventions publiques et de caisse d’épargne des travailleurs, alors que l’entreprise était menacée de faillite. 

Ce genre de pestes et de compagnies sont anti-démocratiques, anti-syndicales et liberticides. S’ils contreviennent à la loi, la réponse syndicale et citoyenne peut elle aussi contrevenir à la loi. Ils pourrissent nos milieux de travail, on peut pourrir le leur.


Montréal contre-information rapporte qu’un groupe a rempli d’affiches ce qui ressemble au siège social de Renaud-Bray.

Il ne s’agit pas de grabuge ou de vandalisme. C’est d’abord et avant tout une réponse citoyenne à l’injustice permise en toute impunité par les patrons et la classe politique. 

Si les politiques ne peuvent répondre adéquatement aux injustices, la classe ouvrière s’en chargera.

Nous appuyons toute réponse citoyenne, celle-ci comme celle de Strawberry. Rappelons que la propriété de Strawberry, située au cœur d’Hochelaga au coin des rues Ontario et Chambly, a été la cible de réponse citoyenne. Un immeuble neuf partiellement dédié au Air’bnb, en pleine crise du logement est une injure aux citoyen-nes qui peine à se loger. Ceci a été permis par les lois laxistes de la mairie. Renaud-Bray et Strawberry résonne dans la même logique d’action citoyenne.

À l’instar de Renaud-Bray, nous sommes pour la liberté d’expression. Si elle doit s’exercer de cette manière, c’est d’abord et avant tout eux mêmes, qui ont envenimé la situation, par leurs actions et qui ont rendu le débat stérile et engendré un dialogue de sourd.

Si la classe ouvrière doit agir ainsi pour se faire entendre, ainsi soit-il.

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