Supermarché PA : profil d’un employeur

En septembre dernier, nous avons lancé une campagne Réclame ton respect contre une des deux succursales du Supermarché PA sur l’avenue du Parc. Evan, qui y avait travaillé pendant près d’un an, venait de se faire congédier sans préavis pour une série de motifs ridicules. 

Entre octobre 2022 et août 2023, Evan travaillait dans un environnement où un gérant ne se gênait pas pour faire des blagues homophobes quand il était à proximité, où ses heures avaient été coupées pour ce qui semblait être une punition déguisée, où l’enjeu de santé et sécurité ne semblait pas être une priorité, etc. Le réel motif de congédiement, à notre avis, est surtout que durant l’été, Evan s’est tenu debout et a réclamé que cessent certains comportements. 

Evan et nous avons donc entamé une campagne où nous réclamons : une compensation financière généreuse et conséquente vu toute la merde qu’il a endurée, un document de cessation d’emploi corrigé (celui qu’ils lui ont fourni ne lui donne pas accès au chômage) et le minimum : des excuses. 

Pour ce faire, nous avons fait quelques actions : de l’affichage, des rassemblements et du tractage devant deux de leurs succursales, des phone-zaps et des campagnes de courriels. La seule réponse jusqu’à présent de l’employeur : nous envoyer des menaces de poursuites et, nous le soupçonnons, espérer qu’Evan abandonne sa plainte en CNESST et que nous cessions de mettre de la pression. 

C’est mal connaître la solidarité ouvrière et syndicale. 

Portrait à la CNESST du Supermarché PA

D’ici notre prochaine action début janvier, nous tenons à vous présenter un petit portrait du Supermarché PA. Nous avons déposé deux demandes d’accès à l’information auprès de la CNESST durant l’automne et ce que nous avons reçu est cohérent avec les histoires et anecdotes que nous avons entendues depuis le début de la campagne. 

Nous avons donc demandé à la CNESST « combien de plaintes, mais aussi leur nature et leur conclusion, avaient été déposées à l’endroit de deux succursales du Supermarché PA en vertu de la Loi sur les normes du travail et de la Loi sur la santé et la sécurité du travail, et ce, depuis 2004 » (les archives numérisées de la CNESST ne vont pas plus loin). 

En combinant les demandes et plaintes déposées aux succursales du 1420 rue Du Fort et du 5242 avenue du Parc, ce sont 35 dossiers qui ont été ouverts par la CNESST. Dans ces dossiers, nous retrouvons : 

  • 20 plaintes pécunières, donc où il y a un enjeu au niveau salarial ou monétaire, que ce soit des heures impayés, du temps supplémentaire non calculé, etc;
  • 15 plaintes pour congédiement sans cause juste et suffisante, à savoir que 15 personnes ont jugé s’être fait mettre dehors sans une raison valable;
  • 6 plaintes pour pratique interdite, ce qui est grosso modo lorsqu’on se fait imposer une sanction (congédier, suspendre, etc.) pour avoir voulu exercer un droit1;
  • 10 plaintes pour harcèlement psychologique.

Qu’en conclure?

Cela fait évidemment écho à ce qu’Evan a vécu durant son « expérience » comme travailleur au Supermarché, mais que d’autres salarié-es, dont une membre de l’IWW, nous ont témoigné. Lire à cet égard l’article d’Oona Barrett du 7 novembre dans le journal Pivot, où elle mentionne l’histoire de Nicole, qui a eu droit au traitement « royal » de la part des ressources humaines de PA2

Aussi, il faut savoir que même lorsqu’on dépose une plainte à la CNESST, il se peut que cette dernière ne juge pas notre plainte comme étant recevable et que nous ne puissions être représenté-e par la CNESST. Nous ne pouvons donc pas conclure que tous ces dossiers étaient justifiés et que chaque plainte ait été traitée jusqu’au bout. 

Cependant, comme syndicat, nous prendrons toujours le parti et mettrons notre confiance dans la parole des travailleuses et travailleurs, mais aussi, il serait imbécile de penser que chaque plainte était le fruit d’une « mécompréhension avec l’employeur »…

À ce sujet, nous avons effectué d’autres recherches, notamment pour voir si des plaintes avaient donné lieu à des décisions par le Tribunal administratif du travail ou un quelconque tribunal. Le résultat : nada, aucune décision liée à des plaintes déposées à la CNESST. 

Qu’est-ce que cela veut dire? Pour nous, deux hypothèses : 1) que certaines plaintes ont été retirées, ou 2) qu’une entente hors cour ou de nature confidentielle a été prise entre l’employeur et la personne plaignante, que ce soit par le processus de médiation de la CNESST ou en dehors. C’est important, à notre avis, de considérer cette deuxième hypothèse parce qu’elle implique ce que nous avons toujours pensé, soit que la plupart des employeurs respectent plus ou moins les droits de leurs travailleuses-eurs, mais aussi qu’ils ne veulent jamais voir leurs noms apparaître dans une décision défavorable des tribunaux. 

C’est pour cela que nous sommes syndicalistes et révolutionnaires. Parce que visiblement, les protections légales que nous offre le système capitaliste donnent beaucoup trop de marge de manœuvre aux boss pour nous fourrer et que même en les utilisant au mieux de nos connaissances et ressources, celles des boss seront quasiment toujours plus grandes pour naviguer les dédales du légalisme. Mais aussi parce que nous croyons que lorsqu’un-e de nous est attaqué-e, notre riposte ne devrait pas être individuelle mais collective. 

C’est pourquoi nous nous tiendrons toujours du bord des travailleuses et travailleurs, que la culture du silence liée à l’individualisation de nos conditions de travail doit être combattue par tous les moyens et que nous devons exposer et combattre les fourberies du patronat. 

Mention honorable

Une plainte datant de 2011 en vertu de la Loi sur la santé et sécurité au travail a attiré notre attention. La plainte étant anonymisée à la demande du ou de la plaignant-e, nous soupçonnons qu’elle émane d’une personne salariée. 

Nous vous en mettons les extraits les plus… odorants : 

« L’employeur oblige les caissier(e)s à porter des uniformes. Il n’y en a qu’une dizaine pour tous les travailleurs. Ces derniers [s’échangent] les uniformes. »

« Les uniformes sont lavés une fois par semaine. »

[Un nom est caviardé, nous soupçonnons qu’il s’agit d’un gérant] est au courant de la problématique et a déjà mis à la porte [le nom caviardé d’un travailleur] qui se plaignait que ce n’était pas hygiénique. »

Dégueulasse. 

  1. https://www.cnesst.gouv.qc.ca/fr/service-clientele/plaintes-recours/plaintes-en-normes-travail/plainte-pour-pratique-interdite
    ↩︎
  2. https://pivot.quebec/2023/11/07/harcelement-homophobe-et-sexiste-au-supermarche-pa-des-ex-employees-denoncent/ ↩︎
Scroll to Top