Bilan de campagne : Que les patrons payent!

Vers la mi-mai, le comité solidarité des IWW Montréal a décidé de relancer plus activement la campagne Réclame ta paye. Campagne que nous faisons depuis quelques années, elle consiste grosso modo à aller récupérer par la solidarité, l’accompagnement et l’action directe un salaire  ou un montant non-versé à un ou une employé.e.

Après quelques formations données aux membres et la création de nouvelles affiches, nous avons commencé à tapisser autour de quelques stations de métro vers la fin de juillet. Moins d’une semaine plus tard, le téléphone du syndicat commençait à sonner. Voici un peu à quoi ont ressemblé nos campagnes des dernières semaines.

Andrée*, travailleuse en restauration, nous a contactés pour obtenir aide et conseils suite à un congédiement injustifié et parce qu’elle éprouve de la difficulté à écrire en français. Perdre son emploi, et donc son revenu, surtout lorsque l’âge de la pension approche, est un stress considérable. Plutôt que de la laisser seule avec son angoisse, nous l’avons donc rencontrée à quelques reprises. Nous l’avons écoutée et avons pris le temps de comprendre sa situation.

Nous l’avons mise en contact avec le CTI (Centre des travailleurs/travailleuses immigrantes), un de nos précieux groupes alliés, avec qui nous l’avons aidée à rédiger une lettre de plainte . Ça peut sembler banal comme cas, mais dans un monde où l’isolement est un outil patronal, la solidarité demeure notre meilleure arme. Nous demeurons en lien et maintenons le suivi.

Une autre situation merdique, celle de Denise*. Alors qu’elle travaillait de jour en résidence, son employeur a décidé unilatéralement de la transférer à un horaire de nuit, chose que Denise ne pouvait se permettre. Sans autre choix, elle a dû donner sa démission, non sans amertume. Avec amertume, oui, car changer un horaire drastiquement est une forme de renvoi déguisé commune chez les boss. Là où ça a fait mal, c’est que son employeur a refusé de lui émettre son relevé d’emploi, l’empêchant alors de faire une demande de chômage. Il lui fallait donc contacter vite ce boss qui l’avait traitée avec peu de respect pour obtenir ce document.

Appeler un ancien employeur, surtout lorsque celui-ci semble avoir le gros bout du bâton, n’est pas toujours facile. Une de nos membres a donc pris le temps de l’écouter et de voir avec elle quoi dire, dans ses mots à elle. Faire de l’inoculation,  se préparer aux contrecoups des boss et donc « s’armer », est le mot d’ordre chez les IWW. Une personne avisée en vaut deux. Elle a appelé son ancien patron et réussi à obtenir son relevé d’emploi. Pas qu’elle n’y serait pas arrivée seule, mais être épaulée rend la tâche moins lourde.

Notre dernier cas est une première pour les IWW Montréal. Maxime* travaillait comme serveur depuis presqu’une semaine dans un bar karaoké/un restaurant. Le cinquième soir, un groupe guidé est débarqué. Quarante personnes de tout âge, dont plusieurs mineur.e.s. Certain.e.s buvaient de l’alcool, d’autres non, les professeur.e.s accompagnant leurs élèves étaient distrait.e.s. Est donc arrivé ce qui devait arriver : des mineur.e.s ont bu de l’alcool, dont un gamin de onze ans qui a volé un shooter sur un cabaret et a tout vomi quelques minutes plus tard.

La panique a pogné. Sur ordre du patron, Maxime s’est vu forcé d’embarquer dans la voiture du gérant,  pour aller à l’hôtel où se trouve le groupe, où on lui a demandé de s’excuser. À genoux. Rien de moins. De retour au bar, bien après l’heure à laquelle il devait finir, le patron lui a annoncé qu’il le renvoyait et refusait de lui verser l’entièreté de son salaire, tout en le menaçant d’appeler la police si Maxime portait plainte aux Normes du Travail. Il lui manquait donc un peu plus de 200$ pour ses heures travaillées. S’en est suivi une campagne de harcèlement de la part du boss, pour s’assurer que son employé se tairait.

Nous l’avons donc rencontré et avons établi avec lui un plan d’action. Nous avons premièrement tenté de raisonner le patron par un simple appel, sans succès. Nous avons forcé une rencontre au bar avec ce dernier pour lui proposer une entente rédigée par Maxime et corrigée par nos membres. Rien n‘est plus arrogant qu’une personne avec un gros chéquier.

Une heure et demie de menaces de poursuite plus tard, l’entêtement de la part de nos membres qui refusaient de quitter sans le salaire manquant l’emportait, le patron signait un chèque avec la somme totale en sacrant. Nous sommes toujours en contact avec Maxime, histoire de s’assurer que le harcèlement n’a pas repris.

C’est dire que pour un oui ou pour un non, nos droits les plus élémentaires peuvent être bafoués. Nous poursuivons la campagne et recommençons à afficher sous peu. Sans être infaillibles, nous serons solidaires et offrirons toujours une aide dans la mesure de nos moyens.

Pour conclure, un peu d’inoculation. Le meilleur moyen d’éviter un salaire impayé, un renvoi injustifié, du harcèlement, demeure de s’organiser avec ses collègues. Lorsque notre milieu de travail est organisé et solidaire, nous, les travailleuses et les travailleurs, sommes la meilleure ligne de défense contre les abus, ainsi que les plus à même d’améliorer nos conditions de travail.

Solidarité.

*Pour des raisons de confidentialité, les noms ont été changés.

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